Le Monde de Fanny

Ou mon univers et le monde du point de vue de ma lorgnette...

La précarité et la volatilité du marché

Je quitte de nouveau mon job, et reprends un peu l’écriture, même si au final je n’ai pas réellement beaucoup écrit durant cette étape en « interne ». Mais ce n’est pas exactement le sujet que je souhaite aborder aujourd’hui.
Si vous regardez bien, beaucoup des Web Analystes aujourd’hui changent souvent de travail, d’employeur… Une réflexion nous est venue entre anciens collègues d’une de mes anciennes boîtes que j’ai pu ensuite partager avec plusieurs experts du domaine (qui eux sont plutôt devenus indépendants, à leur compte au final).
Cette « volatilité » des postes ou des personnes occupant ces postes est aussi due (pas uniquement, je ne cherche pas à me trouver des excuses) à la perpétuelle modification des environnements de travail de ces Web Analystes et ce rapidement (ce qui explique une désillusion encore plus forte pour la personne occupant le poste). Or comme ce n’est pas le travail qui manque dans le domaine, bah, la solution la plus simple est de changer de travail quand cela ne va plus. C’est une forme de précarité « positive », mais loin d’être idéale à la fois d’un point de vue pérennité pour la personne et pour le poste, ou d’un point de vue maturité du marché.

Il y a beaucoup de points de désillusion qui peuvent varier sur ce type de poste :

  • lurgence : il y a toujours des demandes urgentes qui passent prioritaires, avant les projets de fond pouvant aller jusqu’à mettre en péril la pérennité des marquages. Cela peut provoquer une lassitude, une incompréhension mais aussi un énervement pour ne pas avoir les moyens d’arriver à ses fins.
  • la politique / manque de prise en compte dans la stratégie : et surtout la stratégie du groupe sur ce point, qui hélas, étant très lié à une expertise, échappe parfois à des strates dirigeantes, sauf cas d’urgence ou d’état avancé sur l’équipe dirigeante sur ce sujet.
  • changement d’univers : mais aussi changement de management, ou encore de rattachement d’équipe… Ce qui joue forcément sur les objectifs et l’intégration du poste.
  • la difficulté de faire sa place : Un Web Analyste qui s’installe pour la première fois dans une société devra toujours faire attention à ne pas passé pour le « contrôleur » : celui qui vérifie un chiffre une fois que le travail est fait. Le Web Analytics est une discipline qui sert à chacun dans l’entreprise, c’est un outil pour arriver à ses fins et en aucun cas un couperet qui tombe à la fin du mois. Et je ne vous parle pas du fameux « bah d’habitude on fait ça comme ça » lorsque vous vous rendez compte que certains de vos utilisateurs confondent visites et visiteurs et que vous essayer de les aider…
  • l’investissement/ le coût financier : à la base les outils de Web Analytics ne sont pas rentables lors de leur installation, ni dans une utilisation basique ou de niveau très bas. Il faut aller au delà pour avoir un réel gain, mais cela signifie configurer, passer du temps, expliquer/évangéliser, accompagner… Et donc un investissement non négligeable à la fois humainement et en terme d’outils. Ce qui en temps de crise n’est pas si évident à justifier d’autant plus qu’il faudra sûrement le justifier sur un moyen terme moyen (un an voir plus).

Depuis presque deux ans maintenant on assiste à un phénomène d’internalisation des postes de Web Analystes, comme si le monde du Web et ses instances dirigeantes avaient compris que ce type de poste nécessitait une présence quotidienne. Mais en même temps, ces Web Analystes sont souvent cantonnés à l’utilisation d’un outil. Ils sont experts dans cet outil et c’est tout. Il est alors difficile de leur demander de devenir de vrais analystes lorsque l’on limite un poste à un outil, voire à son nom. Quelque part cette internalisation des postes, dans un premier temps profitable, devient presque néfaste. Du coup le Web Analyste est obligé de devenir spécialiste d’un seul outil, possiblement faire des analyses évoluées, mais ne sera surtout pas influencé à développer son expertise vers d’autres outils, d’autres domaines… Et puis faire des analyses, des vraies, sans pouvoir comparer des outils, des sources, et faire uniquement avec les moyens que proposent un outil c’est limité. C’est comme demander à un coureur de fond de courir pied nu, en fermant les yeux et en ne s’aidant que de rétroviseur. Si cela vous paraît ridicule, demandez-vous quand même à l’occasion quels moyens vous donner à votre Web Analyste.

Bref je continue de me poser pas mal de questions sur mon métier/mon domaine : jusqu’à quand cette situation va durer ? Comment cela va t-il évoluer ? Est-ce qu’un jour Pôle Emploi reconnaîtra le boulot de Web Analyste (plutôt que de proposer par défaut des jobs de développeurs dans ce cas là) ? Etc.

Et pour conclure sur cet article : petite innovation ! Une citation de Jacques Warren durant son intervention jeudi 23 mai lors d’un évènement AT Internet :

« L’analyse Web n’a pas encore livré les promesses qu’elle tient depuis des années ».